Les risques climatiques sont déjà des risques financiers pour les entreprises

Les risques climatiques ne sont plus un sujet pour demain ou “à horizon 2050” : ils sont déjà en train de peser sur les coûts, les assurances, la productivité et la valeur des sites industriels. Sur le terrain, le même scénario tend à se répéter. Des entreprises performantes, jusqu’au jour où un événement climatique vient perturber l’équilibre. Mon regard de fondatrice sur une réalité qui transforme déjà l’économie.

Par Clémence Collombier, fondatrice & CEO de La Fabrique à Feuilles

Chaleur, eau, inondations, assurance, productivité : les impacts climatiques sont déjà des impacts financiers

Les sites industriels ne sont jamais isolés : ils sont inscrits dans des systèmes territoriaux dont les équilibres évoluent avec le climat. Site industriel en exploitation vu du ciel. Les infrastructures, les sols et les ressources d’un territoire forment un système interdépendant, directement exposé aux effets du changement climatique.

Sur le terrain, je vois une réalité simple : le changement climatique n’est plus un sujet “à horizon 2050”. Il est déjà en train de peser sur la continuité d’activité, les coûts et la valeur des actifs.

Sur le terrain, je vois un scénario qui tend à se répéter. Des équipes industrielles qui tiennent leurs objectifs, qui optimisent, qui investissent. Et puis un jour, un “événement climatique” arrive : une vague de chaleur qui rend le travail difficile, un épisode d’inondation qui immobilise une zone, une ressource en eau qui devient instable (voire indisponible), une assurance qui renégocie ses conditions.

À ce moment-là, la question n’est plus “est-ce un sujet environnemental ?”. La question devient : est-ce que mon site est prêt ? Est-il résilient ? Et surtout : combien ça me coûte déjà ?

 

En quoi les risques sont déjà financiers

Selon l’Agence européenne pour l’environnement, les événements météorologiques et climatiques ont provoqué 738 milliards d’euros de pertes économiques dans l’Union européenne entre 1980 et 2023, ainsi que 241 000 décès.

La période récente montre une accélération : 162 milliards d’euros de pertes ont été enregistrés entre 2021 et 2023, soit près d’un quart du total.

Autre élément clé : moins de 20 % de ces pertes étaient couvertes par des assurances, ce qui révèle l’ampleur de l’exposition économique des entreprises et des territoires.

 

Le climat est entré dans l’exploitation

Il y a quelques années, beaucoup d’entreprises ont commencé par le carbone. C’est indispensable.

Mais la réduction des émissions ne suffit pas à protéger un site contre des risques physiques : chaleur, stress hydrique, inondations, tempêtes, feux, sols fragilisés.

Et dans la réalité, ce sont ces risques physiques qui impactent directement l’activité de l’entreprise.

Quand un aléa frappe, les impacts sont rarement “environnementaux”.

Ils sont opérationnels.

  • un atelier qui tourne au ralenti parce que la chaleur rend certaines tâches dangereuses,

  • une zone qui devient inaccessible après une inondation,

  • un process dépendant d’une ressource en eau devenue instable,

  • une maintenance qui se complexifie,

  • une assurance qui renégocie ses conditions.

Bien-être au travail : Les chiffres parlent

Selon l’Organisation internationale du travail, la chaleur pourrait entraîner une perte de 2,2 % des heures de travail dans le monde d’ici 2030, soit l’équivalent de 80 millions d’emplois à temps plein. Autrement dit : le climat agit déjà sur la productivité économique.

 

L’adaptation n’est pas la solution

Face à ces constats, beaucoup d’acteurs expliquent que l’adaptation est la clé.

Je ne partage pas ce point de vue.

L’adaptation consiste davantage en une logique de gestion du risque et arrive déjà trop tard en terme de réflexion.

L’adaptation, c’est comme construire un château de sable quand la marée monte.

On limite le risque immédiat, mais on ne transforme pas le système.

On protège l’existant, sans forcément préparer l’avenir.

Or le changement climatique n’est pas une perturbation ponctuelle. C’est une transformation structurelle des conditions dans lesquelles les entreprises opèrent.


L’adaptation, c’est comme construire un château de sable quand la marée monte. Aussi beau que soit cet édifice, il ne résistera pas à ce qui vient.

L’anticipation, c’est comprendre le rythme des marées et choisir de construire avec, plutôt que contre.

 

L’Anticipation plutôt que l’adaptation

Au sein de La Fabrique à Feuilles, nous défendons une approche différente : l’anticipation climatique.

L’anticipation consiste à se poser une question simple :

Comment transformer les vulnérabilités d’un site en leviers de résilience et de performance grâce à la Biodiversité ?

On sort d’une logique de gestion du risque (adaptation) et on passe à une logique de création de valeur durable.

  • pour l’activité économique,

  • pour la sécurité des personnes,

  • pour la protection des actifs,

  • pour la pérennité des territoires.

 

Le moment où la question change

Pendant longtemps, le changement climatique, l’environnement ont été traités comme un sujet périphérique.

Quand les événements climatiques cessent d’être perçus comme des anomalies ou des évènements ponctuels et qu’ils sont progressivement pris en compte. Ils deviennent alors un paramètre de décision.

À partir de là, le raisonnement change.

On ne se demande plus seulement comment limiter ses impacts, comment réduire son bilan carbone ou cocher des cases RSE.

On commence à se demander comment continuer à produire, investir et travailler dans un monde dont les équilibres se transforment.

La question n’est donc plus comment réduire son empreinte carbone, ce n’est plus faut-il agir ?

La vraie question est : Êtes vous prêt ?

Votre site industriel est-il prêt à un climat qui ne sera plus celui d’hier ?

Au delà d’une question environnementale, c’est une question stratégique. Parce qu’au fond, la question n’est pas seulement de se transformer face au changement climatique.

La question est de repenser la relation entre l’activité industrielle et les systèmes vivants dont elle dépend.

Et c’est précisément là que commence notre travail.